LEAVING TRAINS
"The big jinx" (SST/MEDIA 7)
Alors la, prudence, ce n'est pas exactement le bal des debutants, meme si l'Europe les boude ou les ignore, c'est selon, les Leaving Trains attaquent bientot leur quinzieme annee d'existence et l'arbre genealogique extremement fourni du groupe ressemble a un who's who du punk californien dans ses plus lointaines ramifications. Unique rescape des premiers jours, l'inenarrable Falling James Moreland, seule figure de proue du label SST apres la razzia des majors. Husker Du, Sonic Youth, Meat Puppets, Dinosaur Jr, Screaming Trees pour memoire!! Falling James fut aussi le mari de Courtney Love, y'a donc une vie avant le Nirvana, produisant au passage le premier single de Hole, un membre de Green On Red (live only) et de Giant Sand, le partenaire discographique de Greg Ginn (ex-Black Flag), le fondateur de SST, poete a ses heures, ne dedaignant pas se travestir sur ene bonne partie des scenes americaines a une epoque ou son bassiste, parti depuis, avait pris l'habitude discutable de se devetir integralement a chaque fin de gig.. Les Americains qui ne perdent jamais le nord baptiserent ca Nude-core ! Les Trains ont, depuis, leve le pied, et se contentent aujourd'hui d'etre un des meilleurs "acts" de tout L.A., sans autres artifices qu'une rage intacte et un sens de la derision qui a maintes fois fait ses preuves. Ils n'ont pas hesite dernierement a prendre pour cible Bob Hope, le "niaiseux", et leur titre le plus fameux reste "Fuck you God (I'm already in hell)" mise au point sans equivoque quant a leurs rapports au spirituel. Ce huitieme album, qui ne s'appelle pas "The big jinx" pour rien, a ete marque par la dramatique disparition du bassiste Chaz Ramirez, tue accidentellement en cours d'enregistrement. Nouvelle epreuve pour un groupe que le sort n'aura guere epargne. Aussi crus qu'au temps beni de "Well down blue highway" (1984), les Leaving Trains alternent les tempos d'airain, ou les accords en rangs serres tombent drus dans les enceintes, avec des pieces plus spongieuses. La les quitares lezardent et louvoient autour de themes sournois et poisseux (" A woman's clouds", Chloroformality", "Stow away"). Sur "Sex war", on discerne dans une joyeuse precipitation la voix aigrelette d'Anette Zilinskas (ex-Bangles) pour un dou avec Falling James qui renvoie a X ou aux Avengers. Et dans le contexte "Can't afford to die", country-rock psychotique, a de droles de resonances, tandis que "Blacklist" est pour eux l'occasion de se rappeler au bon souvenir de leurs (trop) nombreux censeurs. "You're on a black list, in this town you don't exist...". Un disque direct, entier et vivifiant. Un bel exemple de survie. Et puis, l'on peut toujours se dire qu'avec cette intro ferroviaire de plus de trois minutes, dernier pied de nez d'une longue serie, les Leaving Trains vont s'imposer aupres des lecteurs-abonnes a La Vie du Rail. Ca peut faire du monde !
(Alain Feydri)