J'EN AL COMPTE PAS MOINS DE 23! ET SANS AUCUNE GARANTIE DE N'EN AVOIR PAS OUBLIE UNE PAIRE EN ROUTE, ICI OU LA, TANT L'HISTOIRE DES LEAVING TRAINS SEMBLE CONFUSE, ET AUSSI SURPEUPLE QUE TWIN PEAKS, LE SOAP TV DECALE DE DAVID LYNCH OU LES PERSONNAGES SE SUCCEDENT DANS LE PLUS GRAND DESORDRE.

M'enfin, plus d'une vingtaine de musiciens en moins de quinze ans temoigne d'une serenite pour le moins sujette a caution. Les portes claquent vite chez les Trains, peut-etre bien parce que James Moreland, sumomme Falling (!), seul rescape du depart et vrai chef de la bande, a le verbe haut et meme la main leste a l'occasion., Un vieux de la vieille, Falling James, postillonnant dans le micro depuis 78 chez les Mongrels d'abord ou il croise le guitariste Greg Hetson (futur Redd Kross, Circle Jerks et aujourd'hui Bad Religion) puis au sein des Downers aux cotes de l'ombrageux David Roback juste avant Rain Parade, Opal et Mazzy Star. Ce meme Roback qui fut le producteur tres liberal du premier album des Leaving Trains "Well Down Blue Highway" il y a une dizaine d'annees. Le vrai depart du train date de 1980. Autour de Falling James, on retrouve les freres Hofer, Manfred et Tom, respectivement quitariste et bassiste ainsi que Sylvia Juncosa aux claviers qui ne fit la qu'un passage eclair pour emigrer chez Clay Allisson tout aussi brievement, s'enrolant comme quitariste chez Swa et To Damascus avant d'entamer une carriere solo aussi epatante que confidentielle (voir Octopus n.1). C'est alors une autre jeune fille qui tient la batterie, Hillary Ladin vite remplacee par l'acteur John Lacques le temps d'enregistrer durant l'ete' 82 un premier single "Bringing Down The House/ Going Down To Town" (Happy Squid Rds) qui leur vaudra l'estampille paisley underground autant pour son ambiance vaguement Doors que pour ses fortuites accointances avec le studio Radio Tokyo, antre declare du mouvement. L'ingenieur incontournable d'alors Etham James et Vitus Matare des Last etant aussi de la partie.

Reenregistres, le single et quelques titres parus sur diverses compilations incluant le bravache "Creeping Coastline Of Lights", serviront d'ossature a l'album a venir, le susnomme "Well Down Blue Highway" ou la batterie est l'oeuvre de Terry Graham du Gun Club, parfois relaye par John Frank, lui aussi des Last. Autre invite notoire, Chris Cacavas de Green On Red alors en pleine effervescence et dont Falling James allait etre a de nombreuses reprises un hote scenique inattendu. "Well Down Blue Highway" est un adroit panachage, oscillant entre rentre-dedans et plages atmospheriques. Accueilli, en son temps, avec suffisamment de bienveillance pour conduire les Leaving Trains droit chez SST ou ils gitent encore a ce jour. Apres la defection de Sylvia Juncosa, le groupe se stabilise un temps autour de Falling James, des freres Hofer et d'un batteur enfin fixe, Jason Kahn. C'est cette formule qui fera ses grands debuts chez SST avec le vindicatif "Kill Tunes" ou, s'ils reprennent les Saints ("Private Affair", bonne pioche), ils n'hesitent pour autant pas a arroser de violoncelle l'aigrelet "Light Rain". Mais le plus souvent, les quitares viennent cingler un existentialisme desabuse, style "Cigarette Motel" ou "Black" mais, aussi terriblement lucide comme dans "10 Generations" mine de phrases assasssines: "...we're all poseurs, we're all fakes, we're the same has-been, we're grown to hate". "Kill Tunes" est un titre indiscutable tant les Trains s'y entendent pour flinguer a tout va cette dizaine de chansons que ce bon James Moreland s'est empresse de leur coller dans les pattes. Et comme le garcon a un joli coup de plume, il nous offre sur le feuillet interne un mini texte baladeur et concis sur les vicissitudes d'un L.A. hors sentiers battus. Bien que coproduit a nouveau par Vitus Matare, "Kill Tunes" prend vraiment du large avec le paisley underground auquel seul, peutetre, le flottant "Warning Track" peut s'apparenter. Pour le reste, c'est vers un punk-rock bouillonnant qu'on navigue, Pistols et Ramones sont parmi leurs maitres revendiques Punk Rock rappelant un peu les New York Dolls sans les oeillades sixties. Et pour le delire travelo, patience, c'est encore a venir ! Sitot le disque dans les bacs, depart immediat des freres Hofer, remplaces par Mike Barnett et Eric Stringer pour la basse. Les Leaving Trains entreprennent alors leur premiere tournee nationale qui les amene sur la cote Est ou les relations s'enveniment assez vite, degenerant en bataille rangee du cote de Washington DC, en plein gig, entrainant le depart de Jason Kahn et de Mike Barnett, le tout nouveau gratteux. Quelques heures avant un show au Maxwells de Hoboken dans le New Jersey, Kahn est remplace au pied leve par Jack Rabid, le batteur des Gone (le nouveau groupe de l'ex-Black Flag, Greg Ginn). Ca ne les empeche pas, en trio, de faire une formidable impression, entraines par un Falling James intenable, la quitare branchee quelque part en enfer. Ils finiront la tournee ainsi, Jack Rabid laissant son seige a John Anglin de Halo Of Flies. On est en 87 et les Leaving Trains en deux coups de cuilleres a pot viennent de se faite une charmante reputation d'incontrolables.

Retour a L.A. et arrivee d'un second guitariste Sam Merrick, suivi de Bruce Gunnel, le batteur des Jerry's Kids. "Fuck", leur troisieme album viendra comme unique commentaire a toutes ces frasques relationnelles. Matare reconduit a la console, le quatour nous ressert une tranche de post-Punk brulant ou les guitares macerent a loisir genre "What Cissy Said". On isolera un country punk plein de verve, "Disasters" et un futur classique, le tres renfrogne "Temporal Slut". Merrick, lui, est gratifie de trois titres dont le presque garage "(I Don't Know) What ("Im Doing Here)" tandis que "With Dr Awol" et "So Fucked Up" perpetuent cette tradition de ballades hachees dont Moreland accouche a chaque nouveau disque. Contrebalancees ici par l'extremiste "Violent Sex". Comme dans les banquets, parfois, les vraies surprises viennent a la fin. "Welcome To New York" d'abord, et cavalcade plus Doll que jamais suivi par le sibyllin "What The President Meant To Say" ou autour d'un druning martial, se deversent des charretees de bruitages entremelant quitares freaky et conversations decousues. Vive l'aventure! Vers cette periode, le groupe fait une premiere incursion en Europe ou ils iront meme jusqu'a jouer devant un parterre de douaneirs incredules ayant mis serieusement en doute leur authenticite artistique. On a sa fierte ! D'autres dates, de format plus classique, seront saluees de commentaires souvent louangeurs. Puis, au rang des curiosites, ce line-up est aussi responsable d'un titre sur le EP offert par le zine Chemical Imbalance, baptise "Heartbreak Wizard". C'est une cover quere orthodoxe du "Heartbreak Hotel" de Presley auquel Falling James, petit fute, a colle les paroles de "Pinball Wizard" des Who, humour aussi iconoclaste que tordu. Aussitot apre, en 88, pour eviter toute monotonie et briser la routine, Gunnel plie futs et toms cedant le siege a Dennis Carlin. Durant l'ete, les Trains en partance enregistrent leur quatrieme album dans les studios de Earle Mankey, quelque part en Californie. Earle Mankey, ex-Sparks premiere formule (deux albums glitter-data...), reconverti dans la production a un palmares eloquent (Long Ryder, etc...) et le boulot effectue sur "Transportational D.Vices" lui vaudra un remarquable score a l'applaudimetre. La tres belle pochette, Christ au feminin peint sur un capot de voiture, est l'oeuvre de Howe Gelb, chanteur de Giant Sand et pote de Moreland. Falling James participe d'ailleurs a l'album "Ballad Of a Thin Line Man" desdits Giant Sand, paru en 86 sur Zippo. "Transprortational D.Vices" selon l'usage, alterne les humeurs sombres, les pieces courtes et piquantes, les coups de sang et les quitares aux pieuses resolutions; riffer la ou ca fait mal. Le groupe n'a jamais aussi bien sonne. Merci Mr Mankey ! Et que Falling James fasse l'apologie du jour de paie, "Today is Payday..." ou nous trimballe dans son rade prefere ("I don't remember what I''ve done, I guess I was having fun..." - favourite bar), on ne marche pas, on court. Ca carbure au super un peu comme des Droogs qu'auraient faxe lex amplis des Damned. "Dead Days" tres rockant est co-signe par le fidele Chris Cacavas, lance dans l'aventure Junkyard Love, Et Sam Merrick s'avere un guitariste redoutable au picking precis et incisif. Falling James plus grande gueule que jamais fait des merveilles avec sa voix ample et maniaque, un peu de Morrison, un peu de Johansen et beaucoup de luimeme. Et pas dupe quand il nous envoie dans les gencives le tres approprie "Everyboldy Loves A Clown" - l'air de savoir de quoi il parle, temoins tous ces stages-acts tapageurs et pagailleurs qui laissent presager que le pire est encore a venir. Et effectivement... Toujours est-il que si le pingre ne veut qu'un seul album des Leaving Trains, "Transportational D.Vices" fera parfaitement l'affaire. En 90, nouveau et presque routinier remue-menage avec le depart de Sam Merrick parti rejoindre les Nymphs dont le quitarist Bobby Belltower fait lui, le chemin inverse. Exemple parlant d'echange de bon procede ! Quelques temps auparavant, le groupe a entame l'enregistrement d'un cinquieme album et Sam Merrick figure encore sur deux titres. "Sleeping Underwater Survivors" a ete execute chez Earl Mankey. Il n'y avait aucune raison serieuse dr changer. La rancoeur n'etant pas de mise chez ces gens-la, c'est meme l'ex-guitariste Manfred Hofer qui s'est charge du design de l'aquatique couverture. Musicalement, leur punk rock exacerbe fait ici place a des rythmiques plus neutres, a quelque chose de plus aere, bien que certains theme, "Suicide Blues" par exemple restent sacrement etouffant. La palme revenant a l'etire "Relapse-Recover", ballade poisseuse et entetante faisant directement reference au titre du LP. Mais ma preference ira au tres etrange "What Was Left Was Red", du folk urbain givre dont on ne pensait pas les Trains capables. La vraie suprise ! Un disque ou les quitares, au lieu de travailler directement l'auditeur au corps, se font plus "spleeniques", plus intenses a l'image de "Come" ou de "Extinction". Avec entre les deux, l'onctueux "Room At The Bottom", seule pop-song recensee a ce jour dans leur repertoire. Plus un pas de cote qu'un vrai virage pour un album fichtrement bien negocie.

Falling James, qui ne neglige aucunement les activites paralleles, met aussi sa plume au service de Flipside ou du L.A. Weekly, tout en travaillant a la boutique SST de West Hollywood. Il ne dedaigne pas a l'occasion, quelques performances poetiques comme un bon vieux beatnik et il coproduira meme le premier single de Hole, epousant au passage Courtney Love dont il demeurera a tout jamais "l'autre" mari, celui que personne ne connait mais qui a l'immense avantage sur Kurt Cobain d'etre toujours vivant. C'est deja pas si mal ! Il a aussi participe a l'enregistrement de "Starcrackle", album allechant demeure inedit a ce jour et qui reunissait Howe Gelb, Chres Cacavas, Paula Jean Brown des GoGo's et Tom Larkin de Naked Prey. Rien d'etonnant a ce que, en 91, apres que Dennis Carlin et Eric Stringer aient, a leur tour, quitte le train en marche, James lance un Leaving Trains - bis, Power Of Sky avec un bassiste foldinque de La Nouvelle Orleans, Whitey Sims, plus une poignee de filles irresponsables. L'experience tournera court et Whitey Sims se retrouvera intronise bassiste des Leaving trains alors que le nouveau batteur a pour nom Lenny Monyota. A ce stade, on peut serieusement se demander si Falling James n'est pas, hors son talent evident, quelqu'un de fondamentalement insupportable..."Je suis tres lunatique et deprime de vivre une epoque aussi sombre. Ca retombe sur les gens autour de moi c'est a dire le groupe..."Bon, si c'est lui qui le dit ! Mais avec l'arrive de Whitey Sims, Mr Moreland a trouve un alter ego a sa mesure et des lors, le groupe va multiplier les scandales. James arpente les scenes habille de robes chamarrees, bandeaux ou barrettes dans les cheveux, hurlant leur controverse nouvel anthem "Fuck You God (I'm Already in Hell)" dont la biblique simplicite du message m'evite une inutile traduction. Sims, lui, prend la desopilante manie de finir les concerts vetu de sa seule basse. Du nude-core ils baptiseront ca. Mais pas du gout de tout le monde. Le groupe se verra interdit dans bons nombres de clubs, interrompu regulierement, battu souvent, arrete parfois. Bref, un risque inegalable qui durera presque deux ans avec, en point d'orgue, ce projet de Falling James de se presenter a la Maison Blanche dans le but avoue de resituer leurs terres aux Indiens. Tous ceux s'interessant un tant soit peu a la politique internationale savent aujourd'hui que l'elu fut un certain Clinton, notoire fumeur de joints, aux visees nettlement moins philanthropiques. Apres un EP "Loser Illusion Pt.0" generalement ignore hors Los Angeles, le quatour confie la destinee sonore de son nouveau disque a Chaz Ramirez, jeune producteur chicano a qui le hardcore californien doit quelques classiques comme les premiers Adolescents ou Social Distortion. La, plus question de dentelles et d'entree, "Bob Hope", attaque en regle de la vieille movie-star, remet les pendules a l'heure. Le punk-rock est de retour alternativement narquois sur "Women Are Evil" et sa trompette mariachi, vachard sur "She's Got Bugs", insolent "Gas, Grass, Or Ass" et meme touchant sur "I'm OK","Abnormal" ou "1-900 World". Bobby Belltower en partance pour New Tork n'a participe que de loin en loin, remplace par le bien nomme Mo-Ron Donovan au jeu nettement plus nerveux. "Lump In My Forehead" (une bosse sur le front ? Ils l'ont bien cherche!) est un album qui doit autant aux Circle Jerks pour la musique qu'a l'esprit d'independance, politiquement incorrect, d'une bande d'hirsutes ravages. Et l'on adhere.

Malheureusement, comme si le ciel avait voulu les punir pour tout ca, durant "The Big Jinx" (la grosse poisse), le nouvel opus, les Leaving trains ont eu a se colleter avec leur pire adversaire a ce jour, la grand faucheuse elle-meme. Chaz Ramirez, leur producteur devenu bassiste (so long, Whitey Sims) s'etant tue accidentellement pendant l'enregistrement, jettant un voile noir sur ce dernier disque paru l'ete dernier et qui perpetue avec le meme foisonnement d'insolence electrique ce qui a ete entame en 1980. Avec un "Cant Afford To Die" aux etranges consonances. Mais "nothing Left", le tres autobiographique "Black List", "Ice Cream Truck" sont autant de nouvelles perles a rajouter a un collier consequent. Jim Green, un proche des Dwarves, est venu s'ajouter a l'interminable litanie des bassistes tadis que Dennis Carlin reintegrait son siege (ejectable !!!) de batteur. Pret a supporter a nouveau et pour quelques semaines sans doute le trop entier Falling James qui, aujourd'hui a jete robes et colifichets au panier sans rien perdre de cette sainte colere qui le tient depuis vingt ans. Il semblerait meme que dans le mouvement, il ait egalement jete les Leaving Trains puisque fin 94, on a vu apparaitre en Californie un Falling James Band qui, sur le fond ne changera pas grand chose a la demarche. C'est juste qu'on s'attache. Alors les Leaving trains ont-ils definitivement deraille avec la disparition de Chaz Ramirez? Trop tot pour le dire ! Mais on garde le poste ouvert...
Alain Feydri

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